Prix Jean Trémolières Vers une approche relationnelle de la malnutrition du jeune enfant africain en milieu urbain

Année 1994
Auteur Jean-François Bouville
Centre de recherche EHESS
Thème Anthropologie de l'alimentation
Type Jean Trémolières

Type de document

Mémoire pour le diplôme de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales

Responsable de thèse

Blandine Bril

 

La malnutrition protéino-énergétique demeure une des toutes premières causes de mortalité infantile dans les pays en développement. Le rôle d’une perturbation des relations mère-enfant dans l’étiologie de la malnutrition est souvent cité, mais rarement mis en évidence. L’étude s’efforce de mieux comprendre la structuration du lien entre les symptômes de l’enfant et certaines spécificités comportementales et alimentaires caractéristiques de sa situation au quotidien. Les observations écrites et filmées des interactions avec l’entourage de douze enfants – dont six souffrent de malnutrition – de 12 à 20 mois à Yaoundé, au Cameroun, ont fait apparaître les tendances suivantes : les enfants souffrant de malnutrition vivent dans un environnement plus instable et moins « chaleureux », réclament plus d’attention et (n’)obtiennent (que) davantage de contact alimentaire que les enfants bien portants de l’échantillon. La nourriture serait investie d’une signification différente pour les enfants des deux groupes. Elle constituerait une compensation, en quelque sorte, pour l’absence relative des mères d’enfants malnutris. Une prise en compte des dimensions psychosociales et culturelles de la malnutrition, complémentaire des approches économiques et nutritionnelles plus répandues, peut permettre d’éviter l’écueil qui consiste à « plaquer » un savoir ethnocentrique – même techniquement exact – sur une réalité méconnue. La mise en place de programmes plus ciblés et appropriés nécessite le transfert de mécanismes adaptatifs, acceptés et familiers culturellement, d’un secteur de la population (familles d’enfants bien portants) à une autre (enfants souffrant de malnutrition). C’est une erreur de croire qu’une maladie nutritionnelle doit être combattue avec des mesures nutritionnelles.