Prix Projets de recherche Rôle des récepteurs gustatifs dans les changements du comportement alimentaire après chirurgie bariatrique

Année 2013
Auteur Annick Faurion
Centre de recherche CNRS INAF NBS Gif-sur-Yvette
Thème Obésité
Type Projets de recherche

Les récepteurs gustatifs TAS1Rs et TAS2Rs ont été identifiés dans le tractus digestif (TD). Les recherches les plus récentes montrent qu’ils ont un rôle dans la régulation de l’homéostasie du glucose, la modulation de la sécrétion des hormones orexigènes et anorexigènes ainsi que sur la vidange gastrique, la sécrétion de bicarbonates dans le duodenum et la motilité gastrointestinale. Au niveau du TD, ils reconnaissent les mêmes ligands (oses, acides aminés, etc.) que dans la cavité orale et peuvent être activés par des édulcorants non nutritifs. Simultanément, la sensibilité gustative est modulée par les hormones anorexigènes insuline et leptine chez le rongeur et chez l’homme. La chirurgie bariatrique (Gastric by-pass, sleeve) a pour résultat que les aliments ne passent plus dans les structures contenant une proportion importante des récepteurs TAS1Rs et TAS2Rs responsables de la modulation de la synthèse de ghréline, (hormone orexigène sécrétée dans l’estomac), de leptine, et autres peptides hormonaux. Par ailleurs, les cellules à ghréline sont plus nombreuses, les récepteurs TAS1R3 moins nombreux, dans l’estomac des obèses que dans celui des témoins. Enfin, les obèses voient leur comportement alimentaire et leurs préférences alimentaires radicalement modifiées après une chirurgie bariatrique. L’hypothèse testée est que la sensibilité gustative est un indicateur quantitatif reflétant l’efficacité des TAS1/2Rs dans le tractus digestif.

Objectif

Dans ce projet, le premier objectif est de mesurer la sensibilité gustative des patients obèses avant et après chirurgie bariatrique pour vérifier si la sensibilité de leurs cellules gustatives évolue du fait de la chirurgie qui supprime le rôle d’une partie des récepteurs TAS1Rs et TAS2Rs du TD. L’étude portera sur une population d’obèses, avant et après chirurgie bariatrique, de l’Institut Hospitalo-Universitaire Cardiométabolisme et Nutrition à l’Hôpital Pitié Salpêtrière, en collaboration avec C Poitou, MCU-PH et A Basdevant, PU-PH ainsi qu’une population de témoins en dehors du système hospitalier. Sur ces patients, on vérifiera dans une étude longitudinale, s’il y a changement de perception des goûts, en intensité, ou en qualité. Le changement de comportement alimentaire ainsi que l’état d’anxiété et de dépression des patients sera également étudié avant et après chirurgie.

Etapes successives et avancement des travaux

Dans le but de comprendre le rôle des TAS1Rs et TAS2Rs du TD dans les changements de comportement alimentaire après une chirurgie bariatrique, ce projet étudiera : (1) les sensibilités gustatives à une collection de substances sapides dont le saccharose, au niveau du seuil de détection ainsi qu’au niveau supraliminaire chez des témoins et chez des patients obèses, avant et 3, 6 et 12 mois après la chirurgie. L’hypothèse est que les récepteurs gustatifs du TD étant partiellement supprimés par la chirurgie, les sécrétions d’hormones orexigènes et anorexigènes seront modifiées quantitativement et les sensibilités gustatives également, en conséquence. La sensibilité gustative pourrait donc servir de marqueur des modifications fonctionnnelles des récepteurs gustatifs dans le TD après chirurgie bariatrique. (2) Les modifications des sensibilités gustatives seront comparées à l’évolution des paramètres cliniques et biologiques évalués chez les obèses du service hospitalier (y compris les dosages des hormones à effet satiétogène et orexigène (GLP-1, insuline, etc.). 3) Ultérieurement, l’équipe recherchera également si l’on peut observer une prévalence de certains variants des récepteurs TAS1Rs et TAS2Rs éventuellement différente chez les obèses comparés aux témoins ainsi qu’aux sujets en surpoids. Les récepteurs TAS1/2Rs n’ont jamais été impliqués dans les recherches sur l’obésité. Le résultat recherché dans ce projet est de comprendre si la suppression partielle de ces récepteurs gustatifs du TD par la chirurgie est à l’origine de modifications radicales des comportements alimentaires des patients. In fine, les récepteurs TAS1Rs et TAS2Rs pourraient devenir des cibles thérapeutiques.