Prix Jean Trémolières Odeurs et catégorisation : à la recherche d’universaux olfactifs

Année 2005
Auteur Christelle CREA
Centre de recherche Université de Bourgogne – Dijon
Thème Sciences, analyse sensorielle
Type Jean Trémolières

Type de document

Thèse de Doctorat ès Sciences

Responsable thèse

Dominique VALENTIN

 

Bien que les industries agro-alimentaires et cosmétiques aient conscience des différences culturelles qui existent au niveau des préférences olfactives, peu de travaux ont été publiés jusqu’à présent sur l’effet de la culture sur la perception des odeurs. Ces travaux demeurent quelque peu descriptifs et ne donnent que peu d’information sur l’origine des similitudes et différences culturelles observées au niveau de la perception des odeurs. Une question qui reste largement ouverte est de savoir si la manière dont nous organisons nos connaissances sur les odeurs en mémoire est influencée par notre expérience culturelle.

Pour répondre à cette question, nous avons mené une étude interculturelle sur la représentation mentale et la catégorisation des odeurs auprès d’étudiants de trois cultures contrastées : américaine, française et vietnamienne. Par le biais de diverses approches impliquant des méthodes d’analyse sensorielle, de psychologie expérimentale, de psychophysique et d’anthropologie, nous avons mis en évidence que (1) des facteurs culturels tels que des facteurs géographiques, historiques, religieux ou sociaux ont une influence sur l’environnement olfactif de ces trois cultures, et (2) que ces facteurs ont également un impact sur la manière dont nous percevons et nous nous représentons mentalement les odeurs. Les résultats montrent en effet qu’à un niveau global de l’espace olfactif, les odeurs sont perçues de manière similaire dans les trois cultures. Toutefois, à un niveau plus fin, des différences culturelles sont observées et seraient liées essentiellement à des différences dans les habitudes alimentaires et cosmétiques. De manière plus générale, il semble que les catégories olfactives sont davantage formées sur la base de la fonction associée aux odeurs dans une culture donnée que sur des propriétés perceptives universelles.

Afin de comprendre la nature et la structure de ces catégories olfactives et l’effet de la culture sur les processus de catégorisation, nous nous sommes ensuite inspirés de travaux effectués de Rosch (1978) sur les catégories naturelles afin d’évaluer (1) l’existence d’une structure interne dans les catégories olfactives et (2) le rôle de facteurs culturels dans les processus de catégorisation des odeurs. Les résultats indiquent que les catégories olfactives sont organisées, comme d’autres types de catégories de stimuli, selon un gradient de typicalité : certaines odeurs sont plus représentatives que d’autres au sein de leur catégorie. Il apparaît que certaines odeurs, de par leur saillance, joueraient le rôle de points d’ancrage universels des catégories olfactives et que d’autres, de par leur valeur culturelle, seraient les points d’ancrage spécifiques à une culture donnée. En conclusion, ces travaux suggèrent que la perception des odeurs est sous-tendue par des mécanismes cognitifs universaux similaires à d’autres types de perceptions mais que les représentations mentales qui découlent de ces traitements de haut niveau sont en partie dépendantes de notre culture.

Mots-clés : odeur, expérience culturelle, processus de catégorisation, gradient de typicalité