Prix Jean Trémolières La néophobie alimentaire chez l'enfant

Année 1994
Auteur Liliane Hanse
Centre de recherche Université Paris X - Nanterre
Thème Comportement alimentaire
Type Jean Trémolières

Type de document

Thèse de Doctorat en psychologie

Responsable de thèse

Pr Matty Chiva

 

Le but de la thèse présentée est d’approfondir la connaissance des conduites alimentaires des enfants et en particulier la néophobie alimentaire, concept introduit en psychologie par P. Rozin en 1978. C’est le fait que l’être humain soit un omnivore et donc un être qui a besoin d’une alimentation variée pour survivre qui fait que son comportement oscille entre deux pôles : la néophilie, attirance pour les aliments nouveaux, sources de nutriments potentiellement utiles et simultanément la néophobie, crainte des aliments inconnus, toujours susceptibles d’entraîner des risques d’empoisonnement. Cette oscillation entre ces deux pôles constitue le paradoxe de l’omnivore.Cette thèse vise à améliorer les connaissances sur l’évolution de la néophobie alimentaire des enfants en fonction de l’âge, et à préciser les conduites alimentaires liées à la néophobie ainsi que ses liens avec le style alimentaire des enfants. L’étude comporte également un volet nous renseignant sur les aliments préférés des enfants, les aliments rejetés et les aliments objet de dégoût des enfants. L’influence sur l’intensité de la néophobie alimentaire des enfants, de facteurs comme leur sensibilité gustative et l’anxiété maternelle a aussi été étudiée.Pour tester ces hypothèses, nous avons fabriqué un questionnaire auto-administré adressé aux parents de 579 enfants âgés de 21 mois à 10 ans. D’autre part, 18 entretiens cliniques ont été réalisés auprès de mères d’enfants ayant répondu au questionnaire précédent. Les mères ont aussi répondu à un questionnaire d’anxiété et les enfants ont été soumis à un test gustatif.On observe qu’une majorité des enfants de l’étude présentent un niveau de néophobie alimentaire allant de faible à très forte. On peut donc considérer que la néophobie alimentaire est une conduite normale des enfants. De plus nous observons la mise en place progressive avec l’âge d’un comportement de néophobie alimentaire modérée qui vient se substituer à l’absence de néophobie du très jeune enfant. L’étude met en évidence qu’entre 4 et 7 ans les enfants présentent plus fréquemment une forte néophobie alimentaire. Sur le plan éducatif, la connaissance de ce fait devrait permettre de minimiser l’importance des refus fréquents manifestés par les enfants et qui sont trop souvent dramatisés par les familles. En ce qui concerne le style alimentaire, plus la néophobie alimentaire est intense, plus les répondants jugent que les enfants mangent en quantité insuffisante et sans appétit. Les goûts des enfants mis en évidence sont en cohérence avec ce que d’autres études avaient montré : la préférence des enfants pour des aliments à goût peu marqué comme les pommes de terre, les pâtes, le poulet et la viande rouge et le rejet massif des légumes crus ou cuits. Les aliments objet de dégoût comportent des aliments d’origine animale comme le foie, le poisson et le fromage mais aussi des légumes comme les épinards et le chou fleur. Les entretiens cliniques ont montré que l’anxiété maternelle favoriserait une dramatisation des conduites alimentaires des enfants lorsqu’elles ne répondent pas aux attentes. L’ensemble de l’étude permet de montrer que durant la période du développement de l’enfant étudiée, parallèlement au développement de la néophobie alimentaire, nous assistons au passage nécessaire pour l’enfant d’un état de dépendance presque total à l’autonomie alimentaire. Ceci ne s’effectue pas sans heurs, car le rôle nourricier de la mère peut alors apparaître comme remis en question. Une meilleure connaissance du développement psychologique de l’enfant permettrait sans nul doute de limiter les répercussions parfois dramatiques qui surviennent alors dans les familles.