Prix Benjamin Delessert Diététicien, l'évolution d'une profession

Année 1998
Auteur Anne-Marie Dartois
Centre de recherche Diététicien - Ingénieur de Recherche à l'INSERM - PARIS
Type Benjamin Delessert

Introduction

De temps immémorial les hommes ont fait le lien entre santé et alimentation. Depuis une période moins lointaine, disons vingt cinq siècles, le conseil diététique est l'apanage du médecin : " de tes aliments tu feras ta médecine " disait Hippocrate, mais c'est aussi un savoir populaire : " la pomme du matin éloigne le médecin ". C'est tout récemment que l'application pratique de ce domaine est passée aux mains d'une profession paramédicale.

La profession de diététicien, (ou diététiste au Québec), est une profession encore jeune, plus développée en pays anglo-saxons. Une récente enquête (1) menée auprès d'étudiants en diététique dans 156 écoles des États-Unis, révèle que le choix de cettecarrière se fait selon trois principaux critères : intérêt pour la nutrition (96 % des réponses), plaisir à exercer cette profession (94 % des réponses) et enfin désir d'aider les autres. Voilà de bien sympathiques motivations.

1. Un peu d'histoire

Pour la petite histoire, les Canadiens (2) disent que la diététique dans leur pays remonte à 1670, lorsque les membres de deux ordres religieux, les Ursulines et laCongrégation Notre Dame commencèrent à enseigner les " Sciences domestiques " à Québec et Montréal ! La profession de diététicien a commencé au Canada vers 1902 - 1907. Elle s'est réellement mise en place dans les années 20 aux Etats-Unis   et au Japon, dans les années trente en Grande Bretagne, en Allemagne et en Argentine puis aux PaysBas en 1935, en France en 1949 et en Belgique en 1951.

C'était une profession féminine d'abord préoccupée du soin aux malades. Afin que les patients bénéficient d'une alimentation adaptée à leur cas et si possible agréable au goût, les diététiciens se sont de plus en plus intéressés aux services alimentaires et ont participé à leur organisation. Les diététiciens ont aussi prévu les repas des patients ne relevant pas forcément d'une thérapeutique diététique et enfin les repas de tout le personnel de l'hôpital.

Très vite, les diététiciens anglo-saxons réalisèrent qu'ils devaient partager leur savoir avec les étudiants, les autres professionnels de la santé et le grand public : la notion d'éducation se faisait jour.

L'idée de promouvoir la santé par la prévention et l'éducation en nutrition s'est nettement établie dans les années 60-70. L' EDUCATION est devenue un des objectifs du diététicien.

Le rôle du diététicien dans le système de santé est complémentaire et inverse de celui du médecin (figure1). Expliquons nous : lors d'une maladie aiguë, le rôle des soignants est proéminent et celui du diététicien vient en second, il fait partie de l'équipe; par contre, vis à vis des bien-portants, le rôle premier est donné au spécialiste de la prévention qu'est le diététicien. Ces deux aspects de la profession ne sont pas antagonistes, ils sont en fait tout à fait complémentaires.

2. Comment notre profession est-elle définie officiellement ?

Une ébauche de définition internationale avait été proposée en 1959 à BadHomburg lors d'un symposium FAO/OMS.

La première qui soit complète a été formulée il y a 30 ans par le Bureau International du Travail à Genève. La profession de diététicien se situe dans le groupe 0.69 de la classification internationale des professions (3). Nous gardons celle qui a été retenue en 1980 par la Fédération Européenne des Associations de Diététiciens :
" Un diététicien est une personne ayant une qualification en nutrition et diététique, légalement reconnue, pour appliquer la science de la nutrition à l'alimentation et assurer l'éducation des groupes et des individus en bonne santé et des malades ".

En France, la profession de diététicien est inscrite au Code de Santé Publique au titre V bis depuis 1986, ce qui lui confère le caractère de profession paramédicale reconnue par la Direction Générale de la Santé.

3. Combien de diététiciens dans le monde ? de quel sexe ?

En dehors du Canada, des États-Unis, de la Grande Bretagne et des Pays-Bas, il est difficile de connaître le nombre (4) de diététiciens en exercice dans un pays car les associations ne regroupent qu'un certain pourcentage des diététiciens en exercice. Par ailleurs, certains diplômés ne travaillent plus ou se sont orientés différemment (tableaux 1 et 2).

D'après le dernier recensement (5), 2,4 % de diététiciens des États-Unis sont des hommes. Ce pourcentage est à peu près identique en France chez les diététiciens exerçant dans les hôpitaux, il atteint 5% chez ceux qui appartiennent au secteur libéral. Une exception, le Japon, où notre profession est essentiellement masculine.

4. Quelle formation reçoivent les diététiciens ?

FORMATION DE BASE

Le diététicien des États-Unis est formé en 4 années après la fin de l'enseignement secondaire, plus une année de stage. Celui du Canada, du Royaume-Uni, de l'Allemagne (eucotrophologues), des Pays-Bas en 4 ans. Celui de plusieurs pays d'Europe (6) en 3 ans.

En France, la formation de ces spécialistes a débuté en 1949 à Marseille dans le secteur privé au Centre Provençal d'Enseignement Ménager, avec l'appui de l'Administration Centrale des Hôpitaux et de la Faculté de Médecine. La formation s'est officialisée en 1951 avec la création du Brevet de Technicien Supérieur en Diététique et l'ouverture d'une école d'état à Paris sous l'impulsion du Professeur Jean Trémolières et de Madame Lucie Randoin, membre de l'Académie de Médecine. Le programme du B.T.S. est sous la tutelle du Ministère de l'Education Nationale et de celui de la Santé, a été réactualisé en 1987.

En 1966, un autre diplôme censure les études de diététique. Il est délivré par les départements de biologie appliquée - option diététique - des Instituts Universitaires de Technologie. Les programmes ont été réactualisés en 1994. Les deux filières de formation existent en parallèle et toutes deux donnent accès à l'exercice de la profession.

Les lieux de formation se sont beaucoup multipliés ces dernières années. Il y en a actuellement 9 en IUT, 15 en BTS (tableau 3). Cette multiplication des centres de formation (et non du nombre d'années de formation!) fait que chaque année 375 diététiciens sont diplômés en France et 200 en Grande Bretagne. Au tableau 4 est indiqué le nombre de diététiciens diplômés par an pour 100.000 habitants (6).

En France le baccalauréat scientifique est plus adapté au niveau des études de diététique. Les cours s'étendent sur deux années scolaires officielles qui correspondent à 900 heures d'enseignement plus 20 semaines de stage, équivalant environ à un programme de 3 ans.

Le programme inclut des cours théoriques, des travaux pratiques et des stages. Les cours théoriques correspondent à l'enseignement :

  • des sciences de base telles que la biochimie, la microbiologie, les métabolismes, la physiologie, les statistiques...
  • de la science des aliments : technologie, techniques culinaires, toxicologie, législation
  • de la nutrition du bien portant et du malade : bases physiopathologiques des maladies nutritionnelles, régimes adaptés
  • de la gestion et l'administration des services alimentaires
  • de l'éducation nutritionnelle psychologie, sociologie expression, communication
  • une langue étrangère

Une étude européenne (6) révèle que les pourcentages accordés à chacun de ces thèmes varient assez largement selon les pays (tableau 5).

Dans tous les pays un entraînement pratique est donné aux étudiants en alimentation du bien-portant et du malade.

En France " le programme ne paraît pas bien adapté à la complexité des tâches du diététicien " (7). Nos manques en fin de formation initiale sont l'insuffisance de connaissance de la politique de santé, de l'éthique, de l'ethnoculture, des techniques de communication, la non initiation à la conduite de projets, des notions très floues du comportement alimentaire et des relations complexes existant entre aliment et plaisir. Nos " plus " sont une solide formation pratique et scientifique, une bonne connaissance des aliments et de la diététique thérapeutique.

FORMATION CONTINUE

Aux États-Unis et au Canada les diététiciens sont tenus à suivre une formation continue. C'est une obligation pour rester dans l'association professionnelle garantie de la qualité de ses membres.

En France, le diététicien peut compléter ses études de base par des formations diverses délivrées par les universités ou des organismes de recyclage ou de formation continue. Il existe, spécifiquement réservé aux diététiciens, un diplôme d'université (D.U.). de Diététique Supérieure de l'Université de Nancy 1. Il a été créé en 1975 par le Professeur G.Debry et à la demande de l'Association de Diététiciens de Langue Française. Le programme de cet enseignement par correspondance se déroule sur trois ans, comprend des travaux personnels et des rencontres annuelles avec les responsables. Il développe certains points du programme des études de base et ouvre des champs qui avaient été peu ou pas explorés comme la communication, les techniques de bibliographie, la pédiatrie...

Par ailleurs, des cours pouvant être des formations diplômantes sont dispensés par divers organismes, en technique de communication, en conseils aux consommateurs, psychologie du comportement, en gestion organisation, marketing, en nutrition appliquée aux sports, à la pédiatrie, en agro-alimentaire, en commercialisation, en technologie alimentaire, en hygiène et qualité des aliments et des services alimentaires...

FORMATION PROFESSIONNELLE

Depuis 1995 les diététiciens ont accès par décret, dans le cadre de la formation professionnelle, à l'obtention du diplôme de cadre de santé.

FORMATION SUPERIEURE

Le dernier recensement (5) a montré qu'aux États-Unis, 55 pour cent des diététiciens avaient le " bachelor degree ", 41 pour 100 le " malter degree " et 4 pour 100 le doctorat.

En France, une formation partiellement réservée aux diététiciens était la Maîtrise des Sciences et Techniques de l'Université de Nancy. Elle vient d'être transformée (1997) pour être placée sous la tutelle d'un Institut Universitaire Professionnalisé qui donne un enseignement de 3 ans, après l'acquisition du bac +1 ou du bac +2 . Les diététiciens diplômés pourront entrer en 2ème année et bénéficieront ainsi d'une formation de 4 ans.

Enfin certains diététiciens sont titulaires d'un doctorat en médecine, en psychologie ou en sciences.

5. Comment sommes nous organisés ?

Il existe des associations nationales, des groupements d'associations au plan mondial telles que les Associations d'Asie, d'Amérique Latine, d'Europe. La Fédération Européenne (EFAD) a été fondée en 1978, elle avait été précédée par le CADEC (Committee of the Associations of Dietitians in the Europe Communia) crée en 1972 à l'instigation d'Yvonne Serville et de nos collègues allemandes. Notre profession est représentée au Conseil de l'Europe par un diététicien désigné par I'EFAD qui siège en tant qu'organisation non gouvernementale.

Les associations nationales peuvent se subdiviser en associations régionales et en associations par spécialités.

D'autre part un Comité International des Associations de Diététiciens a été fondé dès 1952. Il organise les Congrès Internationaux de Diététique : le premier s'est déroulé en 1952 aux Pays-Bas et réunissait 600 participants venus de 31 pays. Le 10 ème a eu lieu en France en 1988 rassemblant 2200 personnes originaires de 51 pays. Le XIIIème sera celui de l'an 2000, il se tiendra au Royaume-Uni, exactement à Edimbourg. Il promet d'être un grand succès.

Les diététiciens sont représentés selon les pays soit par des associations, soit par des syndicats, ou encore par des ordres. Ce dernier cas s'applique aux États-Unis et au Canada. Le Québec (8) vient tout dernièrement d'être doté d'un ordre.

La plupart des associations édite une revue. Celle de nos consoeurs américaines, the " Journal of the American Dietetic Association ", est prestigieuse. Elle est dans bien des bibliothèques universitaires françaises... Des " News Letters ", en France comme ailleurs, circulent entre les membres des associations pour mettre au courant des postes à pourvoir, des modifications de législation concernant l'alimentation, l'exercice de la profession...

La France a eu deux structures professionnelles un syndicat et une association. Depuis quelques années il n'existe plus qu'une association, née en 1954, c'est l'Association des Diététiciens de Langue Française (ADLF). Ses activités ont pour but le développement de la profession, la mise à jour de connaissances scientifiques et techniques de ses membres par le biais de journées d'études, de séminaires de formation, d'une revue trimestrielle : " l'Information Diététique ", d'aide dans la recherche d'emploi, ou la recherche de renseignements professionnels.

La présidente fondatrice est Jacqueline Paschoud-Farquet.

Beaucoup d'actions ont été menées en particulier auprès des pouvoirs publiques. Ainsi la protection juridique du titre de diététicien a été obtenue en 1986, la création de la commission des diététiciens au sein du Conseil Supérieur des Professions Paramédicales date de 1995. Nos actions en faveur de l'allongement des études, de la reconnaissance de l'acte diététique se poursuivent sans relâche depuis de nombreuses années...

6. Nos champs d'activités

Le diététicien exerce sa profession en tant que salarié d'entreprises publiques ou privées s'occupant de bien-portants ou de malades. Il peut aussi travailler en secteur libéral. Il pratique alors essentiellement un travail de conseil. Si ce conseil est d'ordre thérapeutique il nécessite une prescription médicale.

Le diététicien peut avoir une activité de thérapeute, d'éducateur, de conseiller, d'organisateur d'alimentation collective, en général il se spécialise dans un ou deux secteurs. Dans l'un ou l'autre cas le rôle d'éducateur est toujours une constante. La responsabilité de l'organisation d'un service revient aussi bien au diététicien exerçant en milieu hospitalier que chez les bien-portants. Il a un rôle d'expertise dans le choix des produits, le diététicien connaît l'aliment qui est le mieux adapté au client/patient.

Le diététicien dans les pays où la formation est longue occupe une place de décideur (9, 10).

Nous évoquons ici la situation en France : plus de 60% des diététiciens ont de 25 à 40 ans (11) et 22 % seraient en recherche d'emploi (12).

LE DIETETICIEN THERAPEUTE

Il "soigne" le malade et l'èduque.

C'est le plus connu, il a la plus longue histoire et il est encore le plus répandu, Il représente actuellement 59 % des collègues américains (5) et au moins 70% des collègues français. En France, en 1954, près de 98% d'entre nous travaillaient à l'hôpital.

Le diététicien chargé d'un travail clinique veille à ce qu'une alimentation adaptée soit servie aux malades des services généraux de médecine et des services spécialisés. L'alimentation servie au patient et le régime expliqué à la sortie de l'hôpital ou en consultation ou en hospitalisation de jour, est adapté à l'âge du malade, son état pathologique, ses habitudes, sa culture et ses revenus. Le diététicien thérapeute a un travail de plus en plus spécialisé qui nécessite sans cesse une remise à jour de ses connaissances. Après avoir appréhendé la diététique des maladies métabolismes chez l'enfant et chez l'adulte, dans les maladies du rein, du tube digestif, du système endocrinien, cardio-vasculaire, le diététicien tourne ses efforts actuellement vers la mise au point de l'évaluation du statut nutritionnel, le traitement de la dénutrition dans ses formes les plus aiguës, telles chez les grands brûlés, les immunodéprimés, les personnes atteintes de maladies malignes, ou de complications post-opératoires. L'aspect éducatif de la diététique thérapeutique continuera de se développer puisque, afin de diminuer les dépenses de santé, le patient sera suivi en mode ambulatoire chaque fois que cela sera possible.

Le diététicien a aussi un rôle dans la mise au point des produits diététiques utilisés pour les régimes spécifiques. C'est un travail d'équipe entre industriel, cuisinier, diététicien, médecin : le diététicien peut apprécier l'intérêt du produit, sa habitabilité et les manières de l'utiliser.

LE DIETETICIEN EXERCANT AUPRES DES BIEN-PORTANTS

il a un rôle d'observateur, de communicateur, d'éducateur dans la prévention des maladies liées à la nutrition.

  • Dans les organismes publics ou privés :
    • d'observatoire de l'alimentation, où il a sa place dans les enquêtes alimentaires de consommation ou de comportement
    • ou encore de vulgarisation, d'éducation, pour la santé.
  • Dans la restauration collective où se rejoignent les individus de toutes catégorieset de tous âges, du nourrisson au vieillard. Le diététicien agit en tant qu'un des personnages-clefs du bon déroulement de la chaîne alimentaire. Le diététicien donne au personnel des services alimentaires des notions d'hygiène et d'alimentation rationnelle. Le souci de recherche de la qualité dans les prestations alimentaires est de plus en plus à l'ordre du jour. Le diététicien est une garantie supplémentaire pour que le client soit nourri sainement.

Il peut d'autre part avoir une action éducative plus spécifique. Les populations cibles pour le diététicien sont les enfants, les femmes enceintes et allaitantes, les personnes âgées, les individus atteints de troubles psychomoteurs (13). Selon leurs possibilités intellectuelles, toutes ces personnes sont initiées à une alimentation saine et adaptée à leur cas, par des conférences, des travaux pratiques, des textes illustrés agréables à lire, et même de simples illustrations.

En effet l'objectif du diététicien est non seulement de nourrir les hommes, mais aussi et surtout de leur apprendre à se nourrir.

  • Dans le milieu scolaire, sportif, associatif, parmi les membres des autres professions de santé, le diététicien doit être le PROMOTEUR de l'éducation nutritionnelle en utilisant toutes les techniques de communication qui permettent une éducation nutritionnelle appropriée.

Dans le domaine de la santé, l'éducation n'est pas un ensemble de permis et d'interdits.

L'éducation permet à chacun d'être confronté à ses responsabilités grâce à des informations qui peuvent conduire à une décision personnelle. Tout l'art est de savoir comment transmettre le message.

  • Dans le milieu de l'industrie agro-alimentaire et pharmaceutique le diététicien est à l'interface entre le producteur et le consommateur. La connaissance des produits et les exigences de santé du consommateur vont grandissant et le diététicien est le bon interlocuteur. Il explique, il rassure le consommateur, il participe à l'élaboration des produits et propose éventuellement des modifications. En collaboration avec les services de recherche et développement et les services de marketing, le diététicien participe à l'élaboration de l'étiquetage nutritionnel et à la rédaction des allégations nutritionnelles, domaine appelé à se développer très largement.
  • Dans le milieu des concepteurs de services alimentaires, le diététicien a son rôle à jouer. Il sonnait l'organisation de l'alimentation collective classique, de plus il a les éléments pour trouver le système le mieux adapté pour une distribution de repas à une collectivité de personnes handicapées ou de très jeunes enfants ou de personnes âgées nourries à domicile. L'importance de la restauration hors domicile va continuer de grandir, avec une ouverture à des goûts différents.

LE DIETETICIEN ET LA RECHERCHE

" La pratique est développée par la recherche et la recherche est stimulée par la pratique. A mesure que nous établissons des liens plus étroits entre la recherche et la pratique, notre profession est renforcée " Elaine Monsen (14). Le diététicien nord-américain qui possède un doctorat mène des actions nombreuses dans le domaine de la recherche.

Le diététicien français comprend que Recherche ne signifie pas toujours entreprendre des travaux de grande envergure dans des domaines que nous maîtrisons mal. Le diététicien participe aux études épidémiologiques telles que MONICA, SUVI-MAX (15), et d'autres (16). Les enquêtes nutritionnelles ont pour objectif une éventuelle action d'intervention sur le comportement alimentaire visant à diminuer les risques pathologiques dans la population. Elles peuvent confirmer des informations cliniques, somatiques ou biochimiques qui se rapportent à l'état nutritionnel. Elles contribuent à l'accroissement des connaissances concernant les besoins alimentaires et leur rapport avec la croissance. Les enquêtes peuvent être utiles à la détection de l'étiologie des maladies. Le rôle du diététicien est d'évaluer les consommations en obtenant des données fiables et précises, grâce à ses qualités d'habileté, d'objectivité et d'aptitude personnelle. Il forme les enquêteurs et met au point des nouvelles techniques (17), des outils de mesure (18) ou d'évaluation (19).

D'autres thèmes d'études sont abordés par le diététicien, par exemple la recherche de l'adéquation entre nutrition de qualité et petit budget (20). Ou bien c'est la réalisation en équipe d'une étude conduisant à une amélioration de l'exercice de la profession dans un domaine bien délimité. Ainsi on peut étudier la qualité gustative et la présentation de régimes spéciaux, la comparaison avec le prix de revient, ou bien la mise au point d'un outil performant d'évaluation de la consommation (19), ou encore comment trouver les moyens de sensibiliser le personnel aux notions d'hygiène, ou encore l'observation de toutes les démarches d'un diététicien effectuant une activité spécifique afin de pouvoir ensuite déterminer un profil de poste.

Tout cela nécessite de fixer au préalable le ou les objectifs, la méthodologie, les éléments d'évaluation afin d'arriver ensuite à une discussion valable et une conclusion accompagnée de perspectives.

7. Comment réussir ? de quels atouts avons-nous besoin ?

Curiosité intellectuelle, force de conviction mais aussi qualité d'écoute, dynamisme, combativité sont les principales qualités requises pour exercer notre profession qui a encore besoin de se faire connaître et apprécier. Ces aptitudes nous permettent l'ouverture aux nouvelles tendances et la communication avec les autres professions.

La soif d'apprendre peut être satisfaite par la lecture de tant d'excellentes revues de nutrition, par des stages à l'étranger, la fréquentation des divers congrès et séminaires et de la formation permanente dont on a parlé plus haut.

La soif d'apprendre peut être satisfaite par la lecture de tant d'excellentes revues de nutrition, par des stages à l'étranger, la fréquentation des divers congrès et séminaires et de la formation permanente dont on a parlé plus haut.

8. Où en est notre évolution en France ?

Le diététicien a pris conscience qu'il fallait gagner une certaine autonomie pour jouer son rôle spécifique d'interface entre unités de soins et services alimentaires, entrer le client et les services prestataires.

Le diététicien a sa place dans la supervision de la chaîne alimentaire : il apporte cohérence et efficacité à l'organisation.

Il a une place privilégiée dans la démarche " qualité alimentaire " : tout en connaissant la législation sanitaire, il l'humanise, la personnalise en tenant compte de la qualité nutritionnelle, véronique et symbolique de l'aliment.

Dans le domaine thérapeutique, certains de nos collègues sont devenus des " experts " de la nutrition pratique des maladies métabolismes : amino-acidopathies, allergies... D'autre ont une place de choix dans les équipes de support nutritionnel en pleine extension. Le diététicien est l'acteur essentiel de l'évaluation du statut nutritionnel du patient en sachant appréhender au mieux la consommation alimentaire et la juger. C'est lui qui met en place les outils de mesure, et reste en " état de veille " par rapport à tout malade.

D'une manière générale, une réflexion est menée sur les différentes démarches professionnelles, l'analyse du travail qui conduit au bilan d'activité et à la codification des actes. Ainsi s'établissent des indicateurs d'activité et des profils de poste.

9. Diététicien demain

Le diététicien devra être apte à faire face à la situation qui se profile à l'horizon du XXI ème siècle :

  • l'évolution de la démographie, caractérisée par une population nombreuse de personnes d'âge très avancé. Le diététicien devra se spécialiser dans tous les problèmes nutritionnels liés au grand âge : apports nutritionnels différents, dépendance physique, non-assitance de la famille avec pourtant maintien à domicile et repas servis par des organismes spécialisés.
  • la restauration collective, en expansion continuelle à tous les âges de la vie, tendant à donner une place privilégiée à la satisfaction des goûts et à la convivialité.
  • le souci et les exigences de santé toujours grandissant du consommateur plus et mieux instruit et aussi gastronome. Ce dernier aura de plus en plus besoin d'être rassuré. Qui peut le faire mieux que le diététicien ? La communication doit être le champ d'action du diététicien des prochaines années. En faisant cette projection, on ne se trompe pas comme cela est arrivé souvent dans le domaine de la nutrition. Deux exemples parmi d'autres : la grande peur des années 70-80 qui brandissait le spectre d'une alimentation presque totalement synthétique en l'an 2000 (21), eh bien nous n'y sommes pas ! Il y a 25 ans nous espérions aussi que tous les hommes mangeraient à leur faim, nous n'y sommes pas non plus.

Le diététicien de demain devrait être impliqué dans les instances décisionnelles, mais il doit rester conscient que les décisions officielles ne font pas changer les comportements et que c'est le souci de l'individu et non d'une entité qui doit demeurer.

Conclusion

En France une maturité de la profession se fait jour. Des expériences de référence sont en place et des cadres existent. Le diététicien a su réfléchir sur son travail, juger ses conduites professionnelles et humaines, améliorer ses techniques. En un mot une réflexion sur la qualité a été menée.

En 45 ans, les diététiciens, qui occupaient à l'origine des postes privilégiés de thérapeute au sein d'une équipe de pointe, se sont engagés avec beaucoup de détermination dans l'organisation des services alimentaires généraux. Cette évolution exigeante et pas toujours gratifiante a connu bien des succès mais aussi quelques échecs dus en majorité à des manques dans la formation.

Souvent le diététicien étonne par son assiduité, sa pertinence. Il serait grand temps qu'il obtienne la formation initiale qu'il mérite, formation " adaptée à la complexité de ses tâches " (6), complexité d'ailleurs toujours croissante. Un tel enrichissement serait bénéfique pour tous : pour le prescripteur et le patient, pour l'employeur et le consommateur. Et bien sûr, pour le diététicien lui-même.

L'auteur remercie vivement, Françoise Casamitjana, Marie Perrin-Boulvard, Jacqueline Stubnicer pour leur aide et leurs précieux conseils.

Bibliographie

(1) KOBEL KA.lnfluences on the selection of dietetics as a carier. J Am Diet Assoc 1997, 97,3 : 254-257
(2) The Canadian Association : Dietitian. Guidance Center. Occupations Information Monograph, catalogue 01-148, May 1969
(3) PUISSANT MC, SIX ME Diététiciens aujourd'hui. Maloine, Paris, 1995
(4) ICDA : International Committee of Dietetic Associations : Minutes of Delegates Meeting, 1996, (secretariat c/o Canadian Dietetic Assocation 480 University Avenue, Suite 601, Toronto, ON M5G 1 V2, Canada)
(5) BRYK JA, KORNBLUM SOTO T. Report on the 1995 membership patabase of the American Dietetic Association. J Am Diet Assoc 1997 ; 97 : 197-203
(6) EFAD : European Federation of the Associations of Dietetians : Education programmes for dietitians in the memberstates of EFAD, 1995
(7) GUYGRAND B. Alimentaion en milieu hospitalier : rapport de mission à Monsieur le Ministre chargé de la Santé, 1994
(8) MARCOTTE A. Le diététiste au Québec : évolution de la profession. Dieta : 1997, 11 : 14-17
(9) DARTOIS AM. Role of the Dietitian at the turn of the century and the second millenium. Abstract Book of the XIIth International Congress of Dietetics, Jerusalem, 1992.
(10) CHERNOFF R. Baby boomers come of age : nutrition in the 21 st century. J Am Diet Assoc, 1995, 95 : 650-654
(11) BOURGERETTE P, HUTEAU MR. Qui sont les diététiciens de I'ADLF ? L'Information diététique, 1994, 1 : 50,52
(12) MINISTERE DE L'EMPLOI ET DE LA SOLIDARITE. La formation et l'exercice des professions paramédicales et de la formation de psychologue en France. Principales données nationales. Edition 1997
(13) CLOUD H. Expanding role for dietitians forcing with versons with developmental disabilities. J Am Diet Assoc 1997 ; 97: 129-130
(14) MONSEN ER. New practices and research in dietetics. J Am Diet Assoc, 1988,1 : 15
(15) HERCBERG S, PREZIOSI P, GALAN P, DEHEEGER M, DUPIN H. Apports nutritionnels: d'un échantillon représentatif de la population du Val de Marne. Rev Epidém Santé Publ 1991, 39 : 233-262
(16) DEHEEGER M, ROLLAND-CACHERA MF, LABADIE M, ROSSIGNOL C. Etude longitudinale de la croissance et de l'alimentation d'enfants examinés de l'âge de 10 mois à 8 ans. Cah Nutr Diet 1994, 29,1 : 16-23
(17) CUBEAU J, PEQUIGNOT G. La technique du questionnaire alimentaire quantitatif utilisé par la section nutrition de I'INSERM, Rev Epidem Santé Publique. 1980, 28 : 367-372
(18) SU.VI.MAX-CANDIA. Taille des portions alimentaires : manuel-photos, 15 rue lacépède, 75005 Paris, Polytechnica 1994
(19) FAVREAU AM. Recherche d'outils pour l'évaluation alimentaire et nutritionnelle des consommai ions de personnes hospitalisées. Information diététique , 1997, 3: 20-28
(20) BARTHELEMY L, MOISSETTE A, WEISBROD M. Alimentation et petit budget. CFES, Paris, 1993
(21) SAUTIER C.l'Homme et son alimentation : un jour de l'an 2001 au bar des congrès. Science et Vie, 1980, hors série (juin) : 96-103

Nombres de diététiciens membres de leur association professionnelle

EUROPE

~ 22.000

USA + CANADA

58.060

AUSTRALIE + NOUVELLE-ZELLANDE

1.926

JAPON + COREE + PHILIPPINES + CHINE

19.250

ISRAËL

550

AFRIQUE DU SUD

590

TOTAL DANS L'AMERIQUE LATINE

> 103.000

* 250 membres déclarés !

Les diététiciens en Europe

ALLEMAGNE

4020

FRANCE

4000*

GRANDE BRETAGNE

3055

PAYS BAS

2115

* Chiffre estimé : 2577 diététiciens exercaient en 1996 en milieu hospitalier, 300 diététiciens travaillent dans le secteur libéral, d'autres sont dans la restauration collective, les DASS (collectivités territoriales) et l'industrie

Formation des diététiciens Français

DUT (~1 tiers des étudiants)

9 IUT

BTS (~2 tiers des étudiants)

7 Lycées techniques d'état

6 Ecoles et lycées privés

1 Formation par correspondance

1 Formation en alternance

Nombre de diététiciens diplomés par an pour 100.000 habitants

ALLEMAGNE

0.62

FRANCE

0.65

GRANDE BRETAGNE

0.34

PAYS BAS

0.98

BELGIQUE

1.58

Répartition en pourcentage des cours théoriques en Europe

FRANCE

GRANDE-BRETAGNE

PAYS-BAS

Sciences de base

FRANCE

42

GRANDE-BRETAGNE

32

PAYS-BAS

15

PAYS-BAS

Aliments et nutrition

FRANCE

43

GRANDE-BRETAGNE

49

PAYS-BAS

41

PAYS-BAS

Administration

FRANCE

5

GRANDE-BRETAGNE

1

PAYS-BAS

6

PAYS-BAS

Education en nutrition

FRANCE

5

GRANDE-BRETAGNE

13

PAYS-BAS

20

PAYS-BAS

Divers

FRANCE

5

GRANDE-BRETAGNE

6

PAYS-BAS

18

Place du diététicien et système de santé

PREVENTION

THERAPEUTIQUE

PREVENTION

BONNE SANTE

THERAPEUTIQUE

MALADIE CHRONIQUE

THERAPEUTIQUE

MALADIE AIGUE

PREVENTION

ALIMENTATION SAINE

EDUCATION NUTRITIONNELLE

THERAPEUTIQUE

DIETETIQUE THERAPEUTIQUE

ET CONSEIL

THERAPEUTIQUE

SUPPORT NUTRITIONNEL

PREVENTION

SPHERE DU DIETETICIEN

THERAPEUTIQUE

/

THERAPEUTIQUE

SPHERE DU MEDECIN

Résumé

La profession de diététicien a débuté au Canada, puis aux Etats-Unis   dans les années 20, en Grande Bretagne dans les années 30 et en France en 1949 à Marseille. Le diététicien a d'abord exercé en thérapeutique et progressivement s'est occupé des bien-portants et de la gestion alimentaire. Le souci d'éducation du malade ou du bienportant demeure prioritaire.

COMMENT NOTRE PROFESSION EST-ELLE DEFINIE OFFICIELLEMENT ?

Le Bureau International du Travail a donné une définition en 1967. Depuis 1980, on utilise plutôt celle de la Fédération Européenne des Associations de Diététiciens (EFAD) " Un diététicien est une personne ayant une qualification en nutrition et diététique, légalement reconnue pour appliquer la science de la nutrition à l'alimentation et assurer l'éducation des groupes et des individus en bonne santé et des malades ".

COMBIEN DE DIETETICIENS EN EXERCICE DANS LE MONDE ?

Sans compter la Chine, l'Amérique du Sud et l'Afrique, plus de 100.000 diététiciens sont dénombrés dont 25.000 en Europe et plus de 4.000 en France.

QUELLE FORMATION RECOIVENT LES DIETETICIENS ?

La formation de base : elle est de 3 à 5 ans dans certains pays. En France elle est de deux ans, avec un programme correspondant plutôt à 3 ans (900 heures de cours théoriques et pratiques et 20 semaines de stage). Elle est dispensée par les filières du brevet de technicien supérieur (crée en 1951) ou du diplôme d'institut universitaire de technologie (crée en 1966).

La formation continue : elle est obligatoire aux États-Unis et au Canada. En France, une formation est spécifiquement réservée aux diététiciens.

C'est le diplôme d'université de Diététique Supérieure de l'Université de Nancy 1. D'autre part, les études peuvent être complétées par des formations diverses diplômantes ou non.

La formation professionnelle qui donne accès au diplôme de cadre de santé.

La formation supérieure : aux États-Unis 41 pour 100 des diététiciens possèdent le " malter degree " et 4 pour 100 le doctorat. En France les diététiciens peuvent allonger de deux ans leurs études en suivant une formation en Institut Universitaire Professionnalisé.

COMMENT SOMMES NOUS ORGANISES ?

Un Comité International des Associations de Diététiciens fonctionne depuis 1952. Il organise les Congrès Internationaux de Diététique, le 10 ème a eu lieu en France en 1988 il a rassemblé 2200 personnes originaires de 51 pays, le prochain se tiendra à Edimbourg en l'an 2000. L'EFAD a été fondée en 1978, elle est représentée au Conseil de l'Europe par un diététicien. D'autre part dans chaque pays existent des associations nationales, en France l'Association des Diététiciens de Langue Française a été créée en 1954. Ses activités ont pour but le développement de la profession, elle édite une revue " l'Information Diététiques ". Les actions notoires menées auprès des pouvoirs publiques sont la protection juridique du titre de diététicien (1986), la création de la commission des diététiciens au sein du Conseil Supérieur des Professions Paramédicales (1995). Nos actions en faveur de l'allongement des études, de la reconnaissance de l'acte diététique se poursuivent sans relâche.

NOS CHAMPS D'ACTIVITES

Le diététicien exerce sa profession en tant que salarié d'entreprises publiques ou privées, s'occupant de bien portants ou de malades. Il peut aussi travailler en secteur libéral, il pratique alors essentiellement un travail de conseil, si ce conseil est d'ordre thérapeutique il nécessite une prescription médicale. Le diététicien peut selon les cas avoir à la fois une activité de thérapeute (70% des cas), d'éducateur, de conseiller, d'organisateur d'alimentation collective ou se spécialiser dans un ou plusieurs secteurs. Il a un rôle d'interface entre le consommateur et le producteur. Il participe à la recherche, en particulier aux études épidémiologiques qui nécessitent des enquêtes nutritionnelles.

COMMENT REUSSIR ? De quels atouts avons-nous besoin ?

Curiosité intellectuelle, force de conviction mais qualité d'écoute, dynamisme, combativité sont les principales qualités requises pour exercer la profession qui a encore besoin de se faire connaître et apprécier.

OU EN EST NOTRE EVOLUTION EN FRANCE ?

Le diététicien. a mené une réflexion sur ses différentes démarches professionnelles. Il a pris conscience qu'il fallait gagner une certaine autonomie pour jouer son rôle spécifique. Il a une place privilégiée dans la démarche " qualité alimentaire " qu'il humanise. Dans le domaine thérapeutique : il est devenu " expert " de la diététique appliquée. Il a une place de choix dans les équipes de support nutritionnel, il est l'acteur essentiel de l'évaluation du statut nutritionnel du patient.

DIETETICIEN DEMAIN

Il devra être apte à faire face à la situation qui se profile à l'horizon du XXI ème siècle :

  • l'évolution de la démographie vers un plus grand nombre de vieillards,
  • la restauration collective en expansion continuelle, avec une ouverture aux goûts différents et à la convivialité,
  • le souci et les exigences de santé toujours grandissants du consommateur plus et mieux instruit et aussi gastronome. Enfin le diététicien de demain devrait être impliqué dans les instances décisionnelles.

CONCLUSION

En France les dimensions de la profession s'agrandissent, une maturité se fait jour. Il serait grand temps que le diététicien obtienne une formation initiale adaptée à ses tâches dont la complexité est toujours croissante.