Prix Jean Trémolières Contribution à l’étude de la relation entre anorexie mentale et dépression

Année 2000
Auteur Chantal Bizeul
Centre de recherche Université Paris V – René Descartes
Thème Comportement alimentaire
Type Jean Trémolières

Type de document

Mémoire de D.E.A.

Responsable

Bernard BRUSSET

 

Notre recherche portait sur la relation entre l’anorexie mentale et la dépression, thème d’actualité qui reste très controversé, mais dont l’étude paraît d’autant plus intéressante et utile qu’elle comporte des enjeux à la fois diagnostiques et thérapeutiques. On a souvent souligné dans la littérature, la fréquente coexistence et la parenté de l’anorexie mentale et de la dépression, mais il s’avère que la nature des liens entre ces deux affections reste peu claire.

Dans ce contexte, nous nous sommes fixé pour objectif de préciser la nature des liens existant entre ces deux pathologies du point de vue de la symptomatologie cognitive. Nous avons analysé la relation entre les cognitions dépressives mesurées par l’inventaire de dépression de Beck (BDI, 1961) et les distorsions cognitives considérées comme caractéristiques des troubles alimentaires, évaluées par l’Eating Disorder Inventory (EDI, 1983). Cet inventaire, issu de la psychologie cognitive comprend 8 sous-échelles permettant d’évaluer 8 traits psychologiques ou comportementaux caractéristiques de l’anorexie et de la boulimie : le désir de minceur, la boulimie, l’insatisfaction corporelle, le perfectionnisme, le sentiment d’inefficacité, la méfiance dans les relations interpersonnelles, le défaut de conscience intéroceptive et la peur de la maturité.

Méthode

L’étude portait sur 132 patientes réparties en 2 groupes distincts selon leurs scores de dépression, en référence aux seuils de gravité proposés par Beck et Beamesderfer en 1974. Cette répartition nous a permis de comparer les scores de l’EDI des patientes déprimées à ceux des patientes peu ou non déprimées.

Nous avons ensuite sélectionné les patientes présentant un score de dépression très bas et nous avons comparé leur profil EDI à celui d’une population de sujets normaux (groupe contrôle de Garner et al., 1983), ce qui nous a permis de distinguer les distorsions psychologiques liées à la dépression de celles qui en étaient indépendantes. Enfin nous avons analysé les corrélations entre les scores observés au BDI et aux 8 sous-échelles de l’EDI.

Résultats

Les résultats étaient très significatifs ; ils montraient que le profil de l’EDI des anorexiques déprimées se distinguait nettement et significativement de celui des anorexiques non déprimées.

Par ailleurs, l’analyse des profils des anorexiques peu ou non déprimées révélait que leurs scores étaient proches de ceux de la population normale (et même souvent inférieurs à ces derniers), notamment au niveau de 6 sous-échelles sur les 8, ce qui amenait à penser que la valeur pathologique de ces traits psychologiques est essentiellement liée à l’intensité de la dépression.