Prix Jean Trémolières Aspects psychologiques de la malnutrition protéino-calorique

Année 1990
Auteur Michel M'Boussou
Centre de recherche Faculté de Médecine de Paris-Sud
Thème Psychiatrie
Type Jean Trémolières

Type de document

Mémoire pour le CES de psychiatrie - Option psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent

Responsable de thèse

Pr R Mises

 

L’hypothèse qui attribuait la malnutrition protéino-calorique (M.C.P.) aigüe à une carence alimentaire liée à un niveau socio-économique déficient, semble insuffisante. Bien au contraire, il apparaît que le problème puisse se définir au niveau même d’une interrelation entre la mère et l’enfant. Il faut situer cette interrelation dans les nouveaux rapports, provoqués par les perturbations socio-culturelles mises en jeu, surtout dans la nouvelle société urbaine africaine. Les M.C.P. en général, le kwashiorkor en particulier, apparaissent comme les symptômes de nouvelles relations intrafamiliales suscitées par l’adaptation à la vie urbaine. La grande fréquence de la maladie dans les agglomérations urbaines, contre la rareté des cas en zones rurales alors que la malnutrition chronique y est beaucoup plus importante, nous font évoquer des facteurs en relation avec l’urbanisation, donc en rapport avec l’éclatement de la famille élargie traditionnelle. Les nouvelles conditions d’existence imposent à la mère, un rôle et des fonctions auxquels elle n’est pas souvent préparée. Dans la famille traditionnelle, elle est essentiellement le véhicule qui transmet à l’enfant la culture et les valeurs du groupe, appuyée par les autres femmes, les autres mères, par tout le groupe appuyée par les autres femmes, les autres mères, par tout le groupe. La maladie peut être interprétée comme le résultat d’un sevrage affectif, (comme un abandon par la mère, pour de multiples raisons, non compensé par les mères de substitution) intervenant sur une relation duelle mère-enfant, rendue difficile par les contradictions que la mère ne peut assurer. La frustration du sevrage laisse dans l’âme enfantine la béance d’un vide, une cicatrice qui n’arrivera jamais à se fermer totalement. Avant le sevrage, l’expérience orale avait pris valeur de symbole de bonheur. La rupture avec ce mode de satisfaction, de sécurité, est vécue par l’enfant comme une menace à son intégrité, et cette menace de mort se manifeste également sur le registre de l’oralité. Dans toutes les cultures, la nourriture est un élément qui symbolise la vie, davantage que dans les autres cultures, nous pouvons considérer le refus alimentaire du petit noir sevré, comme une mort symbolique doublement présente : au niveau du corps et par rapport à la mère. Lorsque les substitutions sont absentes, ou qu’il y a désorganisation de la trame familiale, l’anorexie vient décompenser une malnutrition latente et le cortège de symptômes organiques qui suit, scotomise le problème affectif initial. Il est difficile de séparer ce qui revient à la malnutrition elle-même, c’est-à-dire aux perturbations biochimiques et histologiques provoquées par la carence en protéines et l’apport calorique insuffisant, au niveau du tissu cérébral, de ce que l’on peut expliquer par l’insuffisance de stimulation intellectuelle et affective du milieu dans lequel vit l’enfant. Même chez des enfants bien nourris, la carence affective et la pauvreté de stimulation intellectuelle peuvent entraîner d’assez graves perturbations mentales. En soulevant le problème de la M.P.C. aigüe et des troubles affectifs, nous ne voulons pas en faire une discussion académique car les solutions devraient en principe tenir compte de la carence alimentaire et de la mauvaise qualité de la relation mère-enfant dans le nouvel environnement familial. EN CONCLUSION : S’il n’est pas vrai que les malnutritions protéino-caloriques soient une réaction aux conditions socio-culturelles, elles sont sensibles à ces conditions. Nous pensons que les causes de la maladie ne résident pas essentiellement dans un manque de disponibilité alimentaire, mais aussi et peut-être davantage dans la désorganisation du groupe familial, dans l’effritement d’un système, le système traditionnel.