L'Institut L'Industriel

Le père de Benjamin était déjà un financier habile qui, à 20 ans, dirigeait une fabrique de tissu de gaze à Lyon, et qui, avant la Révolution, fondait la banque Delessert, première caisse d'escompte siégeant à Paris. Benjamin Delessert prend sa succession à 22 ans suite au décès de son frère.

Les Delessert développent ainsi des usines textiles et des sucreries, Benjamin cependant a surtout l'âme d'un pionnier et ne s'investira pas durablement dans ces productions.

Il exercera son activité industrielle, conformément aux valeurs qui lui ont été transmises, en tenant compte des nécessités de son pays, des ouvriers et en s'investissant dans des organisations favorisant le partage et le progrès : le Conseil pour le progrès de l'Industrie et de l'Amélioration des Etablissements, le Conseil de Perfectionnement du Conservatoire des Arts et Métiers, le Conseil d'Administration et de Perfectionnement de l'Ecole Industrielle et la Société d'Encouragement de l'Industrie Nationale.

La banque

En 1802, Benjamin Delessert est nommé régent de la Banque de France qui est alors une société anonyme fondée par les principaux négociants de paris, le siège est à l'hôtel d'Uzès, maison des Delessert. Pendant les 45 ans passés sous sa direction, la Banque de France se verra accorder le droit exclusif de fabriquer des billets de banque et aura plusieurs fois l'occasion d'aider le gouvernement par des prêts importants, notamment sous Napoléon.

Mais c'est la création de la Caisse d'Epargne de Paris en 1818, après avoir étudié avec le duc de La Rochefoucauld-Liancourt le fonctionnement des caisses de Londres, et avoir soumis le projet auprès de la Compagnie Royale d'Assurance, qu'il a considéré comme son œuvre principale. Les Caisses d'Epargne connaissent un rapide succès et en 1897, alors qu'elles ont 80 ans, elles possèdent un capital de plus de 4 270 000 000 de francs réparti sur 9 664 000 déposants.

L'industrie textile

En 1808, en riposte au blocus continental décidé par Napoléon afin d'assurer le boycottage des îles britanniques, les anglais interdisent tout commerce maritime avec la France, entraînant une pénurie en produits coloniaux, notamment coton et sucre.

Benjamin Delessert, de son côté, essaie d'introduire la vapeur dans cette industrie, ayant pris connaissance de cette nouvelle énergie par son ami James Watt lors de son séjour en Ecosse. Il était cependant impossible d'importer de telles machines pendant le blocus et c'est Antoine Périer qui a fait construire à Chaillot les premières machines à vapeur du genre de celles de Watt. Dés lors les filatures et les tissages de coton qui utilisent la vapeur sont très nombreux et l'usine des Delessert à Passy est considérée comme un modèle de modernisme.

Les sucreries

L'extraction du sucre de la betterave avait déjà pu être envisagée auparavant puisqu'en 1575, Olivier de Serres l'avait déjà mentionné dans son " Théâtre de l'agriculture " ; en 1745, le chimiste, A. Marggraf, avait présenté un rapport à l'académie des sciences de Berlin sur ces travaux et F. Achard, un de ses élèves, avait construit en 1786 une fabrique expérimentale dont les résultats n'avaient cependant pas semblés satisfaisants au niveau de la rentabilité.

Après l'échec de son contemporain, Parmentier, pour extraire du sucre du raisin, Benjamin Delessert, qui connaissait les travaux de Marggraf, monte en 1801 à Passy une raffinerie où il se lance, entouré de chimistes et de savants tels que N. Deyeux et Queruel, dans l'exploitation du sucre de betterave. Il y introduit les machines à vapeur comme dans ses filatures.

La France étant à l'époque exclue du commerce maritime, son approvisionnement en canne à sucre et en coton était impossible. Aussi, en 1811, Napoléon ordonne que 32 000 hectares de terres soient consacrés à la culture de la betterave et le 2 janvier 1812, c'est la fameuse visite de l'empereur dans la sucrerie : Napoléon se fait montrer les ateliers, bavarde avec les ouvriers, goûte le sucre, et puis saisi d'enthousiasme, conscient d'une grande découverte, enlève sa propre légion d'honneur pour l'épingler sur la poitrine de Benjamin. Le soir même il le crée Baron. En échange, l'Empereur reçoit un superbe pain de sucre dont il fera don à l'impératrice Marie-Louise ! Après cet épisode célèbre, une vingtaine de manufactures s'ouvrent dans toute la France sur le modèle de la sucrerie de Passy.

A la fin du blocus, les colonies approvisionnent à nouveau la métropole en sucre de canne, le sucre de betterave perd 75 % de sa valeur. Des batailles commerciales entre sucre de canne et sucre de betterave ont alors données lieu à diverses lois de protection pour ces produits qui ont finalement trouvé chacun leur place et leur utilité et en 1828, la France comptait alors 585 sucreries de betterave dans 44 départements.