L'Institut Le collectionneur

Benjamin Delessert n'a pas seulement marqué son époque dans les domaines de l'armée, des finances, de l'industrie, de la politique et de la philanthropie, il s'est également attaché tout au long de sa vie à constituer de vastes collections. Certaines sont consacrées à ses intérêts personnels : ses collections d'autographes, de médailles et monnaies côtoyaient ainsi la galerie de peintures, commencée par son père à l'hôtel d'Uzès, rassemblant plus de deux cents tableaux parmi lesquels figuraient des œuvres de Raphael, Murillo, Van Dick, Mignard, Rubens, Rembrandt, Girodet, etc.

Mais ce sont les collections constituées autour de deux grandes passions : la botanique et la malacologie, qui l'ont révélé comme un promoteur des sciences hors normes. Profitant de l'espace offert par son Hôtel d'Uzès, de ses richesses et de ses contacts pour créer, gérer et enrichir ce patrimoine, il a mis à disposition de nombreux savants, naturalistes et voyageurs un matériel d'étude et une bibliothèque spécialisée qui auront apporté une large contribution au développement de ces deux domaines.

L'herbier

Le goût de Benjamin Delessert pour la botanique s'est révélé dès son enfance grâce aux lettres de Jean-Jacques Rousseau, ami de la famille, à sa mère et à sa sœur, à qui il avait offert un petit herbier. Plus tard, il a pu étudier cette discipline avec son frère, Etienne Delessert, à Edimbourg et, à partir de 1795, avec Augustin-Pyrame de Candolle botaniste genevois travaillant au jardin des plantes de Paris, avec qui il s'était lié d'amitié et avec qui il passera par la suite de nombreuses soirées à examiner de nouveaux spécimens.

L'herbier de Rousseau et un autre de Linné ont ainsi constitué les débuts de sa collection, qui s'est vue progressivement augmentée grâce à l'apport régulier de spécimens par des botanistes ou grands voyageurs tels que Gaudichaud ou Hugh Cuming, et à laquelle sont venus s'ajouter d'autres herbiers qu'il a continué d'acheter tout au long de sa vie. Il se procure notamment : les collections de Lemmonier en 1803 de plus de 10 000 plantes, des Burmann à Amsterdam de plus de 29 000 plantes, l'herbier de Ventenat en 1809 contenant à peu près 20 000 plantes, ainsi que celles de Commerson, Labillardière, Desfontaines, Michaux, etc. Au final, il réunit 250 000 échantillons de plantes dont 87 000 espèces, parmi lesquelles 3 000 inédites ont été décrites par de Candolle.

Benjamin Delessert constitue parallèlement l'une des plus grande bibliothèque botanique de l'époque recensant plus de 6200 titres, la deuxième après celle de Kew Gardens en Angleterre. Comme pour sa collection, il en permet l'accès aux chercheurs et naturalistes qui souhaitent y travailler. Il entretient par ailleurs de nombreux échanges avec des savants de tous pays, avec des botanistes européens notamment, tels que Boissier, Perrottet, ou Jussieu. Il aide également ses amis à publier leurs œuvres. Deux genres lui ont d'ailleurs été dédiés l'un par Lamouroux : la Delesseria sanguinea, l'autre par de Candolle : la Lessertia. Après sa mort, le 8 janvier 1869, sa famille fait don de l'herbier à la ville de Genève.

Les Coquillages

La malacologie est l'étude scientifique des mollusques, elle était à l'époque appelée conchyliologie et s'occupait exclusivement de leur coquille.

De même que pour son herbier, Benjamin Delessert a progressivement rassemblé différentes collections de coquilles : les collections de Teissier, les coquilles fossiles de Dufresne en 1833, l'ensemble de la collection cédé par le prince Masséna en 1840 (elle-même constituée à partir de collections scientifiques telles que celle de Lamarck), les cônes de Hwass, la collection de Récluz en 1841, etc. Avec une quantité de spécimens évaluée à plus de 150 000 dont environ 25 000 espèces, sa collection dépassait alors celles du muséum d'histoire naturelle de Paris et du British Muséum de Londres.

Il fait appel à des spécialistes pour conserver et étudier sa collection : Louis Charles Kiener jusqu'en 1841 est ainsi l'auteur d'une iconographie conséquente sur les collections Lamarck et Masséna, puis jusqu'en 1847, le docteur Jean-Charles Chenu qui s'est également attaché à décrire ses collections. D'autres malacologues comme Recluz ont décrit de nouvelles espèces à partir de ce matériel, leur donnant des noms scientifiques rappelant le collectionneur en signe d'hommage. C'est le cas, entre autre, des espèces Connus delesserti ou " cône de Delessert " et Lyria delessertiana ou "Volute de Delessert".

Conservées dans l'Hotel d'Uzès, les galeries sont ouvertes aux visiteurs et chercheurs. L'endroit accueillait également une librairie malacologique considérable, regroupant l'essentiel des iconographies et publications de l'époque et servait de lieu d'échange pour les savants et naturalistes.

Cette collection est aujourd'hui également conservée au Muséum d'histoire naturelle de Genève.

Remerciements à Mr. Yves FINET, responsable des collections malacologiques au Muséum de Genève.