Actualités Lauréats des Prix de Projets de Recherche 2014

16 déc.
Les Prix de Projets de Recherche ont été attribués le 24 novembre dernier.

5 projets de recherche récompensés en 2014 !

Le Comité Scientifique s'est réuni le 14 novembre dernier pour attribuer les Prix de Projets de Recherche 2014. Cinq lauréats ont été retenus parmi les 34 projets présentés et se sont partagé une dotation globale de 90 000€.

Pierre CHANDON : Le plaisir des sens : allié ou ennemi d'une meilleure alimentation ? Dans les chaines de restauration rapide, les consommateurs ont souvent le choix entre différentes tailles de portion (boissons, accompagnement, dessert). On sait que l’offre de portions alimentaires toujours plus grandes a contribué à la diffusion de l’obésité, mais on ne sait pas trop comment lutter contre cette pratique très rentable pour la restauration. Souligner les dangers pour la santé du choix de portions trop grandes contrarie les intérêts économiques des industriels et va à l’encontre de ce qui reste l’objectif majeur des consommateurs : le plaisir. Ce projet étudie une alternative qui consiste à mettre l’accent sur le plaisir sensoriel de l’alimentation et à inciter ainsi les consommateurs à préférer des portions raisonnables par plaisir plutôt que par compromis plaisir/santé. Lorsqu’ils choisissent une taille de portion, les consommateurs se basent avant tout sur le rassasiement perçu (« aurai-je encore faim ? ») et sur la valeur perçue (« avec une grande portion, je fais une bonne affaire »). L’idée de cette étude est de mettre en avant un phénomène mal anticipé par les consommateurs : la satiation sensorielle spécifique, qui fait que le plaisir sensoriel diminue avec la quantité consommée. Au moyen d’études expérimentales, des adultes et enfants français et américains, sont incités à prendre en compte le plaisir sensoriel dans leurs choix de portions que ce soit en laboratoire, à l’école ou en restaurant expérimental. L’imagerie sensorielle (imaginer l’odeur, le goût, et la texture des aliments) les incite à préférer de plus petites portions d’aliments hédoniques, tout en augmentant le plaisir anticipé et donc leur consentement à payer pour ces petites portions. En effet, l’imagerie sensorielle permet de simuler mentalement le plaisir des sens, ce qui aide les consommateurs à réaliser que la quantité diminue le plaisir et que les petites portions sont optimales. D’un point de vue pratique, un entrainement à l’imagerie sensorielle – au moyen d’une intervention courte, et ludique - peut inciter des enfants de cinq ans à choisir de plus petites portions à la cantine ou à la maison. Pour les adultes, une intervention qui consiste à mettre en avant les aspects sensoriels dans les menus des restaurants semble efficace. Au total, cette recherche montre que le plaisir sensoriel peut devenir l’allié d’une alimentation saine et être aussi efficace que les exhortations sanitaires mais sans nuire au plaisir de manger. Un triple gain pour la santé, le plaisir de manger, et l’intérêt économique de la filière agro-alimentaire. Sylvie BABAJKO : Comprendre et empêcher la cario-susceptibilité de l’émail pour assurer une bonne nutrition Les dents saines sont essentielles pour assurer les premières étapes de la nutrition. Or les caries dentaires constituent un enjeu de santé publique majeur dans la mesure où elles concernent plus de 90% des adultes. Elles peuvent se développer sur un émail dentaire fragilisé, en présence d’une alimentation cariogène riche en glucides et d’une salive qui ne joue plus son rôle de carioprotection. Notre équipe a récemment montré que la dent est un organe cible du bisphenol A (BPA) qui cause une hypominéralisation de l’émail rendant la dent plus susceptible aux caries. En effet, il pourrait être un agent causal du MIH (Molar Incisor Hypomineralization) qui touche actuellement 15 à 20% des enfants. Le BPA est un perturbateur endocrinien (PE) exemplaire très répandu, présent notamment dans les emballages alimentaires et les résines dentaires. Il est également capable d’altérer le fonctionnement des glandes salivaires fragilisant ainsi les protections contre une alimentation de plus en plus cariogène. Bien que le BPA ait été montré comme liant de nombreux récepteurs, son mécanisme d’action demeure largement inconnu. Véronique DOUARD : Rôle de la flore et de l'homéostasie intestinale dans la médiation des effets délétères du fructose au niveau périphérique et central La consommation de fructose est un facteur de risque bien connu pour le diabète, l'adiposité viscérale, la stéatose hépatique non alcoolique, l'insuffisance rénale, la dérégulation de la prise alimentaire et un certain nombre d'autres troubles métaboliques. Les effets directs du fructose sur les tissues périphériques et centraux n'est cependant possible que si le fructose atteint des concentrations systémiques physiologiquement significatives et s'il est par la suite transporté dans les cellules des tissus dont il modifie le métabolisme et le fonctionnement. Cependant, les concentrations postprandiales de fructose dans la circulation périphérique restent faibles même chez les animaux recevant un régime très riche en fructose. En outre, l'expression des principaux transporteurs de fructose est marginale dans la plupart des tissus affectés par sa surconsommation chronique. Les effets défavorables de fructose alimentaire sur ces tissus semblent donc faire intervenir des mécanismes indirects restés inexplorés jusqu'à présent. Aux cours des 10 dernières années de nombreuses études ont mise en évidence le rôle du microbiote intestinal et de l'intégrité de l'intestin (perméabilité et l'inflammation) dans la physiologie et physiopathologie de l'hôte. Des travaux suggèrent notamment que les interactions entre les nutriments et le microbiote sont impliqués dans le développement de certains troubles métaboliques tel que l'obésité. Il est intéressant de noter que le tractus digestif est exposée à des concentrations élevées de fructose: à la fois la partie proximale de l'intestin grêle où le fructose est principalement absorbé, mais aussi les parties distales du tractus digestif (iléum/colon) car le fructose est constitutivement mal absorbé en comparaison à d'autres sucres tel que le glucose. Kamel MAOUCHE : Impact de l’obésité maternelle/paternelle avant la conception sur la différenciation et la fonction des cellules b pancréatiques chez la descendance La période péri-conceptionnelle, comprenant la maturation des ovocytes, le développement folliculaire, la fécondation ainsi que la croissance blastocytaire avant l’implantation, est une fenêtre particulièrement critique du développement embryonnaire. Des altérations de l’environnement maternel au cours de cette période, peuvent avoir non seulement des conséquences immédiates mais aussi à plus long terme chez la descendance. Etonnamment, cette transmission ne passe pas uniquement par la lignée maternelle. Des études ont montré que la nutrition durant l'adolescence du père (indépendamment de facteurs génétiques) influence le risque de la survenue de maladies métaboliques chez la descendance. Cependant, les mécanismes qui sous tendent ce type de transmission ne sont toujours pas élucidés. Karine SPIEGEL : Effets d’une extension de sommeil sur la prise alimentaire et le métabolisme glucidique chez le jeune adulte obèse dormant habituellement peu : une étude randomisée en plan croisé Un faisceau de données expérimentales et épidémiologiques indique qu’un sommeil court constitue un facteur de risque d’obésité et de diabète. Aucune étude n’a, à ce jour, tenté d’intervenir sur la durée du sommeil pour améliorer la santé métabolique des sujets obèses ou diabétiques.