ALIMENTATION ET TROUBLES FONCTIONNELS DIGESTIFS

Professeur Jacques Frexinos
Service de Gastro-Entérologie et nutrition
CHU Rangeuil-Toulouse


RESUMÉ

La physiopathologie des troubles fonctionnels (TDF) fait intervenir non seulement des troubles de la motricité, mais aussi des perturbations de la sensibilité digestive, et des anomalies du profil de personnalité des patients. L’activation de ces différents « stimulants » peut être produite par différentes étiologies parmi lesquelles le stress, l’inflammation et l’alimentation représentent les principales. En pratique ces intolérances alimentaires sont pour le malade un sujet majeur de préoccupation et pour le praticien une source de problèmes thérapeutiques et de difficultés de prise en charge.

Sous le terme d’intolérance alimentaire (IA) sont habituellement regroupées des pathologies parfois cliniquement très proches mais de fait très différentes les unes des autres au point de vue physiopathologie. Il est donc nécessaire de distinguer d’emblée :

-l’IA de nature allergique, appelée hypersensibilité alimentaire (HA), expliquée par des mécanismes immunologiques, les aliments jouant le rôle d’antigènes contre lesquels sont dirigés des IgE spécifiques,
-l’IA non allergique faisant appel à des mécanismes pharmacologiques par libération ou apport excessif d’histamine (fraises), de caféine (café) ou de tyramine (fromage) etc., toxicologiques (pesticides, aflatoxines, etc…) et surtout à des déficits enzymatiques (déficit en lactase par exemple),
-la fausse intolérance alimentaire, c’est à dire l’aversion alimentaire, dont les bases étiologiques reposent sur des idées reçues, des coïncidences hasardeuses et aussi au profil de personnalité particulier. C’est la plus fréquente !

L’évaluation du rôle exact de l’alimentation au cours des TDF fait apparaître, le plus souvent, la responsabilité des fausses intolérances. Toutefois peuvent intervenir certains déficits enzymatiques, responsables de syndromes de maldigestion de l’amidon ou de certains sucres (lactose, fructose, ou sorbitol) et de fermentations excessives. Quelques réactions pharmacologiques avec une libération excessive d’histamine peuvent aussi intervenir. Le rôle de l’intolérance alimentaire de nature allergique est possible mais très rare. la place thérapeutique des fibres alimentaires dans le syndrome de l’intestin irritable mérite d’être discutée et limitée à certains symptômes (constipation). Si le régime sans résidu est utile au cours des poussées douloureuses importantes, il doit rapidement être élargi en tenant compte des sensibilités individuelles et du profil psychologique des patients. En pratique, les régimes au cours des troubles fonctionnels digestifs doivent être basés sur une compréhension physiopathologique des problèmes, sans idées reçues et sans a priori excessifs !